Il y a de ces groupes qui peuvent se vanter d'avoir réussi à pondre un album parfait. Un album qui rend la touche 'skip' sur nos lecteurs de disque plutôt inutile. Whitesnake fait partie de cette classe à part qui a su livrer un album d'un tel calibre avec son éponyme en 1987. Depuis ce temps, la voix du groupe, David Coverdale, aura pondu une franche collection d'excellents produits sous différentes bannières. Aujourd'hui, Whitesnake est de retour avec un album qui se range à quelque part entre les airs blues de Slide it In et le rock moderne de Slip of the Tongue, tout en passant par le métal viril de Whitesnake. En effet, bien qu'il soit écrit 2008 sur la pochette de Good to be Bad, il serait facile de croire qu'il s'agit d'une faute de frappe et qu'il devrait plutôt y être écrit 1988. Tous les ingrédients qui font de Whitesnake un groupe si intéressant y sont, accompagnés d'une pincée de clichés qui feront sourire les nostalgiques autant que les néophytes. Voilà donc un retour qui mélange adroitement l’arrogance du hard rock, l’émotion du blues, la lourdeur du métal, tout cela présenté en habit cravate puisque l’élégance et l’expérience sont deux mots qui se prêtent très bien à la musique du groupe britannique.
C’est sur un tempo modéré que l’album s’ouvre avec la pièce Best Years. Les influences blues du groupe sont très fortes dès le riff d’ouverture. C’est un Coverdale très en forme qui chante les paroles positives de la chanson en montrant que l’âge n’a que très peu affecté la portée de sa célèbre voix de tête. L’excellente pièce d’ouverture permet également à Doug Aldrich de briller malgré l’ombre que John Sykes pourrait faire sur lui. L’album poursuit avec Can You Hear the Wind Blow qui débute avec un solide riff de hard rock. Toujours sous un rythme moyen, cette chanson comporte ce refrain pompeux qui sera chanté à travers les fenêtres baissées de toutes les Trans-AM arrêtées aux lumières rouges cet été. Encore une fois, la guitare présente un solo flamboyant mais l’ensemble de la pièce semble juste un tout petit peu trop répétitif pour être un véritable succès.
Après ce gentil petit début aux gants blancs, finie la dentelle! On passe aux choses sérieuses avec ce qui aurait dû être le premier extrait de l’album : Call on Me. La pièce débute par un gros riff bien sale et présente un superbe jeu de guitare sur toute sa durée. La voix mature de Coverdale complimente cette chanson avec une performance très agressive et énergique. Après ce qui est définitivement l’un des points forts de l’album, il fallait tôt ou tard le petit tube que tous les rockeurs feront jouer à leur petite amie dans l’espoir de marquer quelques points. C’est probablement dans cette optique seule qu’une pièce comme All I Want, All I Need peut voir le jour. Cette puissante ballade fortement axée sur la voix chaude de Coverdale s’aligne très bien avec les autres ballades qui ont fait le renom de Whitesnake. Puisque la comparaison avec Is This Love est inévitable, avouons que le seul défaut de All I Want, All I Need est que l’autre ait existée avant elle.
L’album poursuit avec une balance équilibrée de chansons qui font discrètement hocher la tête et d'hymnes rock pompeux. All For Love et Got What You Need représentent le côté plus frénétique de Whitesnake avec un rythme plus accéléré alors que A Fool in Love invite au déhanchement avec une attitude blues des plus ratoureuses. Till the End of Time et Summer Rain se rangent plus du côté léger puisqu’on parle ici de ballades très douces qui sauront apporter un peu de souffle à toute la testostérone sur cet album, qui pourrait être vendu comme substitut sonore pour les médicaments de l’amour.
S’il est évident que l’album n’apporte rien de nouveau, a-t-il sa raison d’être? Certainement! Il est exactement ce que nous ne voyons malheureusement plus assez souvent dans la musique : un album sur lequel les performances sont toutes livrées de façon à agrémenter la chanson. Les refrains sont mémorables et les solos débordent d’énergie. Il n’y a pas ou presque pas de longueur. Non, Good to be Bad n’est pas aussi bon que Whitesnake mais il demeure son successeur immédiat sur le podium du catalogue du groupe. La musique semble avoir très bien vieillie et David Coverdale a su l’amener à une sonorité actuelle des plus spectaculaires. Les guitares et la voix sont en avant plan et cette sonorité fait en sorte que les riffs, les mélodies et les solos restent dans la tête et nous en font redemander encore.
En résumé, Good to be Bad est un retour en force pour Whitesnake. Avec ses 11 titres qui méritent tous une mention spéciale lorsque pris séparément, l’ensemble de l’album constitue un solide testament de rock qui devrait déjà porter le nom de classique. Quelques petites fautes ont tout de même été commises, comme la tendance à la répétition dans Can You Hear the Wind Blow ou l’abondance de clichés qui pourrait agacer certains auditeurs difficiles, mais rien pour réellement faire baisser la note de ce qui aura été l’un des albums les plus attendus du hard rock en 2008.