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Slipknot
  All Hope is Gone :: 26 août 2008

Plus tôt cette année, les membres de la formation Slipknot ont révélé au monde entier une nouvelle image, plus malsaine et brutale que jamais, en présentant un nouvel arsenal de masques grotesques qui marient la déviance, la frayeur, la violence et surtout, l’image abrasive du métal. Cette révélation fut l’élément déclencheur de la montée de l’anticipation pour le nouvel album, promis pour la fin de l’été. Se seront écoulées trois années avant que Slipknot ne fasse enfin suite à Vol. 3: The Subliminal Verses alors que les réactions mitigées face aux divers projets connexes auxquels ont participé les membres de cette large troupe ainsi que l’attente auront contribué à élever les attentes des amateurs du groupe autant que celles des curieux néophytes à un point tel qu'il aurait fallu un album quasi parfait pour ne pas décevoir personne. Sous les projecteurs et la pression provenant de milliers de fans et de dizaines de médias, le groupe offre son cinquième album à pleine durée. Voyons si cet album, au titre qui ne pourrait être plus pessimiste, fera figure brillante dans la collection des amateurs avides d’une dose de Slipknot.

Évidemment, l’introduction à un album de Slipknot ne peut comporter de tranquillité, de subtilité, ou encore moins de discrétion. À cet effet, le court passage nommé .Execute. nous plonge immédiatement dans l’univers malsain du groupe. La transition entre les bruits de retour de son distortionnés de l’introduction de l’album et sa première pièce, Gematria (The Killing Name), est fracassante. En effet, le riff d’ouverture de Gematria aurait très bien pu être composé par un certain King ou Hannemann, de la célèbre formation Slayer. On a donc droit à un solide morceau de métal anti-américain qui possède de fortes saveurs thrash. Déjà sur cette pièce, une chose est claire : Joey Jordisson a décidé qu’il prendrait toute la place sur l’album. Son approche est brutale, tout en étant nuancée. Dans les passages plus frénétiques, le jeu de Joey rappelle celui de Pete Sandoval, qui est vraisemblablement une des influences du batteur de Slipknot.

S’il y a une chose dans laquelle Slipknot a toujours excellé, c’est bien dans l’écriture de passages accrocheurs qui mènent soit à une vidéo à grand succès, soit une participation à un jeu vidéo populaire. Sulfur et Psychosocial sont justement deux excellentes pièces d’une dangereuse efficacité. Comme premier extrait et première vidéo, Slipknot a choisi Psychosocial, probablement pour son côté accrocheur et percutant. Malgré un refrain un peu plus léger, la pesanteur de cette pièce brille à travers un rythme constant d’une répétitivité qui ne fait qu’accentuer son aspect énergique. Pourtant, Sulfur aurait fait un aussi bon extrait puisque ce morceau comporte probablement le meilleur refrain chanté de Slipknot à ce jour. Après l’ouverture en lion de l’album, on remarque donc une légère baisse d’intensité pour laisser plus de place aux hameçons auditifs. Cette tangente se poursuit, peut-être de façon un peu abusive, sur Dead Memories, qui est à mi-chemin entre le rock radiophonique et le rock stoner américain. Cet étrange mélange n’est pas nécessairement très convaincant mais comporte tout de même un bon rythme et des mélodies mémorables.

La pesanteur revient avec Vendetta, sans mettre de côté l’efficacité d’une bonne structure accrocheuse. Décidément, malgré une introduction de batterie absolument savoureuse de la part de Joey, c’est Corey Taylor qui est en feu sur cette chanson! Employant une voix qui ne nous est pas donnée d’entendre souvent, Corey prouve qu’il peut faire preuve d’énergie tout en ayant un excellent débit et une prononciation claire. En fait, ce style de voix fait de Corey un candidat qui pourrait très bien donner un coup de main à un James Hetfield avec certaines lignes plus agressives.

Dans son ensemble, All Hope is Gone est un amalgame d’éléments qui tantôt s’agencent bien, tantôt ne fonctionnent pas du tout. Par exemple, Butcher’s Hook comporte une foule de bons éléments qui rendent habituellement le métal si intéressant, mais pourtant, la pièce ne semble pas du tout fonctionner. Un refrain un peu lâche avec plusieurs passages aux saccades douteuses font en sorte que Butcher’s Hook passe autrement plus inaperçu que le reste de l’album, jusqu’à maintenant. Cette désagréable situation se répète sur Gehenna, qui propose une musique aussi lâche que son titre, prononcé au débarras.

En revanche, la brutalité revient de façon assez convaincante sur This Cold Black et Wherein Lies Continue. Toujours en conservant le plus possible d’éléments accrocheurs, ces deux pièces comportent des passages mémorables qui font de leur écoute une expérience agréable. Pourtant, un peu comme le calme avant la tempête, la pièce Snuff vient réduire le rythme de l’album à son plus bas avec son ambiance qui rappelle étrangement Stone Sour. Un côté B qui était demeuré dans le cahier d’écriture de Corey peut-être ? Heureusement, il suffit d’appuyer sur la touche ‘skip’ une seule fois pour en arriver à la chanson la plus agressive de l’album, soit la pièce titre. All Hope is Gone semble proposer un pot-pourri de tout ce qui a été énuméré dans cette critique, mais à la puissance dix ! Refrain à tout casser, rythmes effrénés, des riffs de tous les côtés, tout y est! L’album qui a commencé en fou se termine donc de la même façon!

Ce cinquième album du phénomène de foire qu’est Slipknot n’est absolument pas un mauvais effort. Il manque cependant peut-être un peu de constance et d’inspiration. En essayant d’atteindre toutes les cibles en même temps, le groupe semble en avoir manqué quelques unes qui sont d’une très haute importance pour la plupart des amateurs de Slipknot. Alors que certains seront déçus et que d’autres seront satisfaits sans être comblés, il n’est pas impossible que le groupe poursuive sa conquête de la scène métal en convertissant quelques sceptiques avec une musique à la fois accessible et brutale. Il est définitivement difficile de comprendre comment un groupe peut servir de pont entre la musique commerciale et le métal tout en étant l’objet de la passion musicale de milliers d’inconditionnels. Vraiment un groupe unique.

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Critique par Fred Laroche
Note 7
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