Permettez-moi de me joindre au cirque médiatique entourant Death Magnetic, prochain album de Metallica. En effet, depuis plus d’un an, nous sommes inondés de nouvelles croustillantes du genre :
- Studio blog update : Kirk gets a new toothbrush;
- News: James misses exit, no studio blog update today;
- Enter Sandman played at the prom, girls didn’t care so much;
- Metallica says new album will be good.
Sérieusement? Au moins, ces dernier jours, nous avons eu droit à des extraits sonores. Mais à quoi bon? C’est un album vendu d’avance, mais ça ne veut pas dire qu’il ne sera pas bon. Voici pourquoi.
Premièrement, il est important de comprendre que le sommet de Metallica n’est pas Ride the Lightning ou Master of Puppets, mais bien l’album noir. Je sais bien que de notre point de vue de metalhead endurcis, les premiers albums en offraient plus, mais pour le groupe, c’est l’album noir qui a fait toute la différence. Je me souviens clairement d’avoir la cassette entre mes mains alors que j’étais un jeune étudiant débutant son secondaire. Personne ne chialait. Les plus vieux se faisaient aller le cou sur Holier than Thou et Don’t Tread on Me, les filles écoutaient Nothing Else Matter et tout le monde (et je dis bien tout le monde) aimait Enter Sandman et Sad But True.
C’est alors que débuta une tourné immense d’où est sorti certainement mon album « live » favori dans sa grosse boîte avec son nom débile, des vidéos de deux tournées, etc. On ne peut pas demander mieux comme groupe. Est-ce qu’il y avait quelque chose de mal à ça ? Je ne crois pas. Même si le style était moins agressif, les premières parties n’étaient pas prises en charge par Hootie and the Blowfish! Le plus important est que Metallica est certainement un des rares groupes de métal profitant d’autant de promotion et de chansons à la radio et étant accepté de tous. Est-ce que Judas Priest, Iron Maiden, Slayer et Megadeth peuvent en dire autant? Peut-être que ces derniers vont jouer dans le bloc nostalgique, mais Metallica sont les seuls à avoir un taux de rotation régulier. Et ce, même avec des albums très espacés après l’album noir.
À mon avis ils auraient pu (je ne dis pas qu’ils auraient dû…) en arrêter là. Avec cinq albums consécutifs ayant marqués deux générations, il y a de quoi se retirer fier. Mais voilà que l’histoire ne s’arrête pas là. Survint alors Load et Reload. C’est là que la réalité nous frappe en pleine figure. On pourrait croire que ces albums qui n’ont définitivement pas fait l’affaire de tout le monde allait mettre un frein à la carrière de Metallica, mais le groupe continu de croitre en popularité.
Le groupe n’est pas seulement populaire, ce sont des superstars jouant devant des foules immenses, lors de festivals ou autres méga productions. Remarquez, comme je le dis souvent, à moins d’être vraiment anti-Metallica, il est possible de choisir des pièces de Load et Reload pour en faire un seul album plus « métal »… Puis arriva St. Anger l’incroyable, l’impossible, l’affreux, le douteux, l’incomplet, le repoussant, l’abjecte, l’étrange, l’abominable, le laid, le nauséabond, le mauvais. Je n’ai pas été capable. Je l’ai écouté souvent, sans succès. Je me rassurais en lisant et en écoutant les commentaires de mes paires.
Mais Metallica était plus gros que jamais! Le pire étant que les performances spectacles étaient centrées sur le « bon vieux » Metallica. Comment un groupe qui semble être conscient de ce que les gens demandent puisse sortir un album aussi… déplacé? Je crois que les seuls possédant la réponse sont les membres du groupe. Mettez-vous à leur place. Où trouver l’inspiration et le désir de créativité lorsque l’argent, les concerts et la célébrité sont assurés? Et nous, comment pouvons-nous oser s’attendre à être époustouflés? Être à leur place j’aurais de la difficulté à me trouver une raison d’écrire! Je dirais, à quoi bon, voyageons et faisons des concerts.
Mais non. Nous sommes là, fidèles à l’écoute. Parlez-en en mal ou en bien, mais parlez-en. Arrêtons de croire que tout ceci est de l’art et nous des amateurs. Nous sommes des clients, des consommateurs, une demande à laquelle on répondra. On nous offre des précommandes, des sonneries de cellulaires, des pièces dans Guitar Hero III, etc. Bientôt ça sera : commandez dans les dix prochaines minutes et recevez ce magnifique pic autographié à la machine. Mais il n’y a rien de mal là dedans. Les jeunes aiment les sonneries MP3 inaudibles et les jeux vidéo de musique sont une nouvelle façon de promouvoir et de faire connaître des groupes (parlez-en à Dragonforce).
Arrêtons simplement d’essayer de se convaincre mutuellement que « nous on n’est pas des sellouts » et qu’on apprécie seulement les albums qui sont sorties alors que plusieurs d’entre-nous n’étaient pas nés. La machine est en marche. Si ce n’est pas vous qui achetez l’album, ça sera quelqu’un d’autre. Ce n’est pas pour rien que les dirigeants des compagnies de disques sont capables d’estimer les ventes pour les premières semaines ou les premiers mois. C’est un produit qui est très bien mis en marché. On peut alors argumenter sans fin sans même avoir entendu l’album, personne n’aura raison ou tors. Voyez ça comme un billet de trop qui sortirait d’un guichet automatique. C’est certain que si à chaque fois on espère en avoir un, on sera déçu. Mais, pour l’amour du bon Dieu, si jamais on en a un, ne le jetez pas simplement car vous n’y croyez pas!