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Opeth
  Watershed :: 19 mai 2008

Trois ans depuis le monstre musical Ghost Reveries - celui qui a placé Opeth sur la liste des grosses pointures métal actuelles - aux frontières encore incertaines entre une panoplie de genres musicaux… Trois ans et on a l’impression que ça ne fait pas si longtemps, comme si de digérer les Ghost of Perdition, Harlequin Forest, The Baying of the Hounds et compagnie avait nécessité tout ce temps. Une formation légèrement modifiée et plus mature de par son expérience du succès commercial nous offre Watershed, un neuvième opus qui tournera certes dans votre lecteur... mais pour combien de temps ?

 

Comme plusieurs formations, Opeth a dit au revoir au temps où il fallait en mettre plein la gueule dès le début. En effet, la pièce Coil est si surprenante par sa douceur et sa non-métalité qu’on ne peut s’empêcher d’y prêter attention, dans l’expectative soutenue d’un déferlement de violence mélodique. Cependant, trois minutes plus tard, on s’aperçoit que c’est véritablement la première chanson du disque : on aime déjà avant même d’avoir tout entendu. En duo avec une chanteuse – qu’on réentendra plus loin sur l’album – Mikael Akerfeldt fait un superbe usage de sa voix chantée, qui semble meilleure que jamais, comme si une vilaine inhibition l’avait jusqu’à ce jour empêché de se vider les poumons à la mesure de ses capacités. Une des meilleures balades acoustiques jamais composées par le groupe, c’est en entrée froide qu’elle nous est servie. Et vlan, juste comme on s’empare du mouchoir pour essuyer une petite larme, le contraste vient nous frapper comme un coup de crucifix en bronze entre les yeux d’un vampire. Une série quasi ininterrompue d’accords tous plus dissonants les uns que les autres complètent Heir Apparent, dans la plus pure tradition du groupe. Notons quand même un long pont instrumental, bien dosé en clavier et en orchestrations, bref, un excellent morceau – c’est quand même du Opeth – mais rien qui n’accote les grands hits du groupe.

 

Opeth utilise rarement les blast beats, si chers aux « vrais » groupes de death métal. Eh bien, The Lotus Eater en comporte une bonne salve, alternés de chant clair et ultra gras. Un riff alarmant qui évolue superbement au travers de sonorités synthétiques magnifiquement exploitées par le claviériste Per Wilberg ponctue les excès de brutalité gutturale de Akerfeldt. Parlant de ce Per Wilberg, il faut souligner l’utilisation toujours plus grande de son talent au sein du groupe. Les ambiances créées par les claviers sont tout bonnement géniales, jamais exagérées, et soulèvent la musique à un niveau supérieur. La mélancolique Burden illustre bien cette réalité, utilisant, en l’espace de quelques minutes, des sons de piano, d’orgue, de synthétiseur, d’instruments à cordes et de Hammond. Facilement une pièce digne des grands du rock progressif. La finale vous fera assurément sourciller !

 

Watershed marque la venue d’un nouveau guitariste au sein du groupe, Fredrik Akesson, membre de Arch Enemy de 2005 à 2007. Entendons-nous pour dire que le fossé est large entre le « swamp métal » unique de Opeth et le son de Arch Enemy qui tient plus de la  grenade à fragmentation ! Cela n’a pas empêché M. Akesson de collaborer à l’écriture de quelques pièces, dont Porcelain Heart, qui, malgré un tempo plutôt lent, présente un degré de lourdeur bien accentué par des leads de guitare résolument métal, un léger soupçon de musique médiévale et une occasionnelle teinte de doom / stoner métal.

 

Hélas, on ne peut cependant pas avoir que des mots élogieux ce Watershed, neuvième disque du groupe, faut-il le rappeler. Plus souvent qu’à son tour, le fan assidu remarquera un passage ou un segment qui lui paraîtra familier. Du moins, j’ai eu cette désagréable impression à quelques reprises, en particulier pendant l’expérimentale Hessian Peel. Que ce soit un riff, une structure ou un solo, il transparaît parfois une impression de dupliqué, comme un déjà-vu auditif. Il est certain qu’à un album près de la dizaine, dans un moule bien étanche comme celui d’Opeth, les idées viennent à se ressembler. Déception ou apparence de reproduction volontaire? À vous de juger ! Malgré tout, il n’en demeure guère moins que Watershed présente un ingrédient bien subtil qui suffit à rendre tout le processus de création digne d’admiration : on sent qu’une direction est prise, une volonté d’évolution se fait sentir. Des nouveaux terrains sont explorés, des sonorités toujours plus poussées sont tentées, des effets sont appliqués pour texturer des segments bien précis.

 

Bien entendu, le résultat sonore est à couper le souffle, crever les yeux, saigner du nez et faire dans son froc en même temps. La production est énorme, ultra uniforme, signée Opeth au fer rouge. Ça sonne pratiquement aussi bien que Ghost Reveries, avec une touche de crasse de plus dans les guitares électriques. Mais au-delà de la qualité sonore, Watershed est un disque qui accroche par son humilité, sa grande exploration de tout ce que le groupe a fait depuis ses débuts, tout en restant bien braqué sur un avenir qui promet d’être brillant. Un album fort intriguant, moins accrocheur que son insurpassable prédécesseur, qui demandera sans doute plusieurs écoutes avant de révéler toute sa subtilité. 


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Critique par Jérôme St-Charles
Note 7.5
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  Auteur Jérôme St-Charles
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