Lorsque je découvre un nouvel album, il m’arrive d’être captivé, déçu, conquis, irrité, charmé, horrifié, comblé, indifférent… Pourtant, l’album Ultra Beatdown m’inspire un sentiment que je n’ai jamais ressenti auparavant en écoutant de la musique : le doute. Je me suis tapé les huit longues pièces de l’album à quelques reprises, toujours sous l’emprise d’un curieux amalgame de confusion et même de méfiance, qui laisse un arrière-goût plutôt désagréable (un peu comme lorsque Bell me téléphone pour m’offrir de nouveaux forfaits). Rit-on de moi? Est-ce sérieux ou parodique? Y a-t-il un second degré que je ne parviens pas à déceler? Chose certaine, il existe de nombreuses expressions comme « la modération a bien meilleur goût » et « trop, c’est comme pas assez » dont les membres de Dragonforce ignorent clairement l’existence.
Pour ce quatrième album, le guitariste Sam Totman a promis que le célèbre groupe de power metal ne changerait pas de direction créative, mais qu’il tenterait plutôt de s’améliorer à tous les niveaux. Pour ce qui est de la continuité, on peut dire que la promesse est tenue… peut-être même un peu trop. Les détracteurs de Dragonforce leur reprochent souvent que toutes les pièces se ressemblent, traînent en longueur et sont quasi interchangeables. Je crois bien qu’Ultra Beatdown ne parviendra pas à les faire changer d’idée, tant cet album ressemble à Inhuman Rampage, paru en 2006.
Ceci dit, tout n’est pas noir. Dragonforce maîtrise assez bien toutes les particularités du power metal. Il n’y manque rien : rythme effréné, prédominance des guitares, refrains mélodiques. La voix de ZP Theart est juste et les pièces s’enchaînent avec un rythme constant. Je dois reconnaître qu’une des forces d’Ultra Beatdown est la bonne humeur qui s’en dégage, ce qui est assez peu commun en matière de musique métal ! Les chansons sont enjouées, avec des mélodies entraînantes et un pep étonnant. Les paroles demeurent fidèles au genre en racontant joyeusement les exploits épiques de héros légendaires, bien qu’elles soient encore une fois terriblement simplistes. En fait, Ultra Beatdown pourrait à la rigueur être pris comme un album nostalgique, tant il évoque des images liées à l’enfance. Dragonforce ont souvent ajouté une couche d’éléments électroniques à leurs chansons, mais là, ils s’en sont vraiment donné à cœur joie. L’avalanche continue d’effets sonores électroniques et l’omniprésence des claviers rappellent souvent la musique des jeux vidéo des vieilles consoles 8-bit, alors que certains passages semblent inspirés directement de génériques de dessins animés des années 70-80. Personnellement, il m’est impossible d’écouter cet album sans ressentir la bienveillante présence spirituelle d’Albator et de Megaman. D’ailleurs, certains disent qu’il ne faut pas juger un livre par sa couverture, mais dans le cas d’Ultra Beatdown, c’est tout le contraire ! Il n’y a pas plus « wysiwyg » que ça comme pochette !
Ainsi, l’album n’est donc pas dénué d’intérêt, tout comme les trois autres parutions du groupe anglais. Malheureusement, ils ont la mauvaise habitude d’en faire trop, à tous les coups. Solos interminables, chansons répétitives, compositions surchargées, comme si les qualités power metal de l’album se brouillaient alors qu’on tente toujours d’en repousser les limites. Un bon exemple est que le groupe s’est souvent fait reprocher d’accélérer les guitares pour créer un rythme déchaîné. Non seulement c’est le cas sur Ultra Beatdown, mais la batterie de Dave Mackintosh est elle aussi accélérée. Bien que le résultat soit effectivement très énergique, il est difficile d’apprécier pleinement une sonorité aussi artificielle. C’est bien dommage, car les musiciens de Dragonforce ont un talent indéniable. Il faut aussi dire qu’avec des durées de cinq à huit minutes, les pièces semblent parfois s’étirer inutilement. Même la version écourtée du premier simple Heroes Of Our Time utilisée pour le clip souffre parfois de longueurs.
Je reviens donc sur ce mystérieux sentiment d’incertitude que provoque l’écoute d’Ultra Beatdown. Dragonforce nous présente-t-il un album volontairement cliché ? Sont-ils sérieux ou s’agit-il d’une brillante parodie du genre ? Je serais quasiment porté à croire cette dernière hypothèse, tant certains passages sont exagérés ou peu originaux. Je pense notamment à l'interminable passage instrumental de Reasons To Live qui rappelle les trames sonores de films des années 80 (alors qu'on découvrait sans retenue les possibilités des synthétiseurs), à The Last Journey Home qui est l’incontournable ballade épique et à l’introduction de The Warrior Inside, que Nintendo ne renierait certainement pas…
Ce quatrième album démontre malheureusement une certaine stagnation créative de la part de Dragonforce et ne satisfera probablement que les fanatiques déjà convaincus. Enfin, disons que l'album vaut la peine d'être écouté, si ce n'est que pour se faire une idée personnelle. Si vous vous sentez déprimé ou en pleine crise de nostalgie, il aura peut-être un effet bénéfique sur vous !